Pour se reconstruire après l’épreuve
«La résilience, c’est l’art de naviguer dans les torrents», résume le médecin, neuropsychiatre et psychanalyste Boris Cyrulnik. Pour celui qui a popularisé en francophonie le concept de résilience, cette capacité à surmonter un choc traumatique, «le pouvoir de la vie est si puissant que, tel un énorme torrent, il repart sous d’autres formes après un fracas».
Dans le domaine thérapeutique, il existe une grande diversité de façons de définir la résilience. Explorons ensemble divers regards qui se complètent pour éclairer le chemin de la reconstruction mêlant psychologie clinique, approche centrée sur la personne et foi.
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Un processus actif
«Chaque personne est mise en mouvement par une tendance innée à s’actualiser positivement», explique le psychologue et psychothérapeute Giovanni Catalanotto. Pour lui, la reconstruction passe par trois outils fondamentaux de l’approche centrée sur la personne (une méthode qui fait confiance aux ressources internes de l’individu): la congruence (l’authenticité avec soi-même), l’acceptation positive inconditionnelle, et l’empathie. Léonard Vullioud, spécialiste en psychothérapie FSP, travaille aussi sur ces mêmes bases. Dans son approche, c’est le patient qui choisit les pistes à explorer. Dans un environnement chaleureux, neutre et bienveillant, le thérapeute encourage la parole pour clarifier les sentiments. L’objectif est de favoriser la reconnaissance de ses propres qualités et de son potentiel, dans un climat de non-jugement et de stricte confidentialité.
La résilience n’est pas un processus passif; elle implique une intentionnalité, une volonté de se mettre en marche malgré la douleur. Sur ce point, Léonard Vullioud cite deux maximes qui résonnent avec force. La première est de Samuel Beckett: «Déjà essayé, déjà échoué. Peu importe. Essaie encore. Echoue encore. Echoue mieux.»
Derrière ce ton corrosif se cache un potentiel libérateur: descendu de son piédestal, l’échec devient une étape d’apprentissage. La seconde maxime vient de Mère Teresa: «Dieu ne demande pas que nous réussissions, il exige seulement que nous essayions.» Pour Léonard Vullioud, «notre intention ne peut prétendre à la réussite certaine, mais refuser d’essayer relèverait de la mauvaise foi». Cette humilité devant l’effort est un moteur puissant
de réparation.
La foi pour permettre la guérison
Si la foi ne remplace pas le processus psychologique, elle propose des voies de guérison uniques favorisant une «croissance post- traumatique» au fil du temps, assurent de leurs côtés Gladys Mwiti, docteure en psychologie clinique, et le psychologue clinicien Bradford Smith. Il s’agit d’abord de reconnaître la réalité brute du traumatisme et de la souffrance: on ne peut pas guérir ce que l’on nie.
Ils soulignent que la paix renouvelée dépend de cinq facteurs qui interagissent constamment: le caractère unique d’une expérience, le cumul des épreuves, la gestion de l’imprévisible, la dimension spirituelle et le tissu social (le niveau de soutien de l’entourage et la disposition de la personne à accepter cette aide).
«Le fonctionnement humain remplace une croyance, liée à une expérience passée négative, par une contre-expérience présente positive», souligne la psychothérapeute Geneviève Baudoin. «Cela annule l’ancienne croyance limitante qui découlait de cette expérience négative et la remplace par une nouvelle expérience bénéfique, qui entraîne des changements de vie.» En définitive, la résilience est une marche humble où les outils de la psychologie et l’espérance de la foi se rejoignent pour transformer les fractures en de nouveaux horizons de vie. ▪