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Christ avec nous tous les jours: vraiment?

© Istockphoto
«Et voici, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde»: Comment les comprendre les dernières phrases prononcées par Jésus avant sa montée au ciel? Regards croisés entre Charles Morerod, évêque de Lausanne, Genève et Fribourg et Jean-René Moret, docteur en études théologiques et pasteur de l’église évangélique de Cologny.
David Métreau

Jean-René Moret et Charles Morerod

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Que signifie la promesse de Jésus-Christ: «Je serai toujours avec vous»?

Charles Morerod (CM): Le Fils de Dieu ne s’est pas fait homme pour lui-même: il n’en avait pas besoin. Il l’a fait parce qu’il nous aime, et il le montre durant sa vie parmi nous. Il rassemble une communauté, il aide les personnes qui souffrent. Cet amour «efficace» ne concerne pas qu’une génération et un lieu. Il peut dire à ses disciples: «Qui vous accueille m’accueille» (Matthieu 10, 41) ou «Dans la mesure où vous l’avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait» (Matthieu 25, 40). De plus, il est présent aussi à travers «nous», notamment lorsque deux ou trois sont rassemblés en son nom. Il est présent dans sa communauté, dans sa Parole, dans l’eucharistie, et nous n’avons pas à avoir peur.

Jean-René Moret (JRM):
Jésus-Christ donne cette promesse peu avant son départ de cette terre. Il est Dieu venu vivre parmi les hommes. Dieu s’est mis à notre hauteur pour que nous puissions le connaître. Ses disciples ont vécu avec lui pendant environ trois ans et ont appris à le connaître. Ils ont perçu son amour. Dieu est toujours présent, en tout temps et en tout lieu, ce n’est pas une nouveauté. La nouveauté est que le Dieu proche, humble, accessible qui s’est fait connaître en Jésus-Christ, reste avec nous. La proximité avec Dieu qui s’est fait homme ne se limite pas à trois décennies autour de l’an zéro, mais reste possible pour toujours. Cela veut dire que l’on peut connaître Dieu, qu’il ne reste pas un mystère impénétrable. En effet, Dieu peut nous comprendre. En Jésus-Christ, Dieu a vécu une vie humaine, connu les difficultés, la douleur, le deuil, la faim, la solitude, le rejet, même la torture et la mort. Dieu pourrait se protéger de toute difficulté, mais il a choisi de descendre dans notre monde, dans nos problèmes et de subir nos souffrances.

Quel est le contexte de ces derniers mots du Christ avant son Ascension?

CM: Les disciples restent marqués par la peur apparue à la croix. La présence ponctuelle du Ressuscité les comble de joie et les rassure, mais pas totalement, et ils se demandent encore ce qui va arriver: «Seigneur, est-ce maintenant le temps où tu vas restaurer la royauté en Israël?» (Actes des Apôtres 1, 6). Jésus leur explique comment il sera encore présent: «Vous allez recevoir une force, celle de l’Esprit Saint qui descendra sur vous. Vous serez alors mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu’aux extrémités de la terre» (Actes des Apôtres 1, 8). L’Ascension n’est pas le début d’une absence, justement parce qu’elle précède la Pentecôte, et avec elle une autre forme de la présence du Christ, l’Esprit (Jean 14, 16-17).

JRM: A Pâques, Jésus est mort crucifié, puis il est ressuscité. Pendant quarante jours, il a encore été physiquement présent avec ses disciples, pour les assurer de sa résurrection et les préparer à la suite de leur mission. Car Jésus fait cette promesse dans le cadre d’une mission qu’il confie à ses disciples. Il leur dit d’aller dans le monde entier, de faire des disciples, de les baptiser en son nom et de leur apprendre à obéir à tout ce qu’il a enseigné. Pendant sa vie, Jésus-Christ a fait connaître qui Dieu est vraiment. Il a aussi enseigné une nouvelle manière de vivre, d’être humain. Il a vécu une vie centrée sur l’amour de Dieu et l’amour pour tous. Ses disciples doivent répandre ce message de réconciliation avec Dieu et entre les humains - par l’exemple et la persuasion, non par la force. Jésus-Christ les assure qu’il est avec eux dans cette mission.

Que répondez-vous à ceux qui disent que cette promesse n’est pas vraie, au vu des souffrances, injustices et épreuves auxquelles nous sommes tous confrontés?

JRM: Je comprends bien leurs interrogations ou leur colère. Moi aussi je vois beaucoup de souffrance et de difficultés autour de moi. Moi aussi je voudrais parfois que Dieu règle tous les problèmes, protège les innocents et remette les oppresseurs à leur place. Cependant je me rappelle que Jésus-Christ n’a pas promis que la vie serait facile, mais il a promis d’être présent. Sa présence est un réconfort, d’autant plus qu’il s’est «mouillé» en subissant ces difficultés, cette injustice et cette souffrance. Je me rappelle aussi que beaucoup de ces injustices et de cette souffrance sont causées par des êtres humains. Je demande à Jésus-Christ d’être avec moi pour me permettre d’agir avec justice, de soulager la souffrance et de montrer l’amour de Dieu autour de moi. Plus nous voudrons que Jésus soit présent, plus nous verrons le résultat de sa présence.

Cette promesse est-elle toujours valable en 2021? Pour qui? Comment la vivre?

CM: Si cette promesse n’impliquait pas tout moment de l’avenir, elle ne signifierait rien. Ceci dit, Jésus-Christ exhorte ses disciples à la vigilance. On peut mettre cette parole en lien avec une grande question: «Le Fils de l’homme, quand il viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre?» (Luc 18, 8). Il est toujours là, mais le reconnaissons-nous, sommes-nous avec lui? Il est possible de faire confiance à sa promesse si nous y incluons l’aide qu’il nous donne. Si le Christ veut rester avec nous, en connaissant nos «fluctuations», il veut aussi nous aider, et «ce qui est impossible pour les hommes est possible pour Dieu» (Luc 18, 27).

JRM: Tous les jours jusqu’à la fin du monde, cela inclut bien sûr 2021! En un sens, cette promesse est valable pour tous. Dieu promet qu’il est proche de tous ceux qui l’appellent avec sincérité. Mais Jésus promet plus que cela, il promet sa présence au quotidien. Il la promet à ses disciples, et à tous ceux qui deviendront à leur tour ses disciples. Etre disciple, cela signifie entrer dans une relation proche et harmonieuse avec Dieu, se mettre à l’écoute de sa volonté et se laisser transformer pour refléter son projet d’amour pour l’humanité. Ce n’est pas un prix à payer, ce sont de bonnes choses qui viennent toutes ensemble, comme une sorte de multipack. On ne peut pas avoir Dieu dans sa vie sans qu’il la transforme, pas plus qu’on ne peut épouser une décoratrice d’intérieur et garder un appartement chaotique, sale et défraîchi! Mais pour qui accueille Dieu avec la volonté de le laisser changer tout ce qui le demande, sa promesse est absolument certaine, il sera là!

Quart d'heure pour l'essentiel

Article tiré du numéro Quart d’heure pour l’essentiel Pentecôte 2021

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