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La Bible, livre de paix ou de guerre?

© Alliance Presse
Entretien. Le théologien et auteur Claude Baecher analyse le message biblique.
Christian Willi

La Bible parle de guerres et de paix. Mais lequel de ces messages est-il dominant?
La Bible est les deux. Mais elle effectue le chemin pédagogique entre notre conception d’un Dieu violent et vengeur, et celle d’un Dieu tout autre, qui propose le pardon, la réconciliation et le respect. Ce message nous conduit de nos violences vers l’amour de notre prochain, même lorsque celui-ci est d’un autre point de vue que nous ou qu’il est carrément notre ennemi.

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Comment expliquez-vous cette évolution dans le texte?
On voit très nettement le passage du témoignage d’une vengeance illimitée, la vendetta, à une peine limitée et proportionnée, qui s’appelle le talion: d’un point de vue juridique, elle tient déjà compte de l’intention du malfaiteur. Puis on passe du talion à une justice restaurative et plus seulement pénale, avec Jésus-Christ. Ses enseignements et sa vie en témoignent, de même que, plus tard, le témoignage de l’Eglise naissante. Si la chrétienté a ensuite vécu, au cours de l’histoire, autre chose que cet enseignement de Jésus-Christ, c’est uniquement parce qu’elle a tordu le message de l’Evangile.

Comment expliquez-vous donc les élans de violences religieuses produits par la chrétienté?
La vieille nature humaine a trouvé le moyen, avec la dimension barbare présente dans les peuples évangélisés, d’exprimer son propre code de justice en se servant de ses repères anciens. Parmi eux, les guerres saintes et l’application restreinte de la peine de mort notamment.
Le christianisme ne peut pas expliquer par ses propres sources d’inspiration -la Bible- un recours à la violence, contrairement au judaïsme et à l’islam. En effet, dans les textes inspirés de ces derniers, on trouve une incitation au meurtre des gens qui ne correspondent pas au code de moralité et de sainteté prescrit par Dieu.

Comment garantir que le christianisme ne retourne pas à ces réflexes anciens?
Il suffit de revenir à l’Evangile et de reconsidérer la pratique des premières Eglises. Ce n’est qu’à la fin du troisième siècle que l’Eglise s’est «reformatée» dans son enseignement et ses pratiques. Ce n’est pas comme si l’Ancien Testament ne prônait que la violence et le Nouveau Testament le pacifisme ou la non-violence aimante. Dans l’Ancien Testament, on voit déjà des dépassements de la logique du talion: le texte montre que l’amour permet de mieux connaître Dieu et constitue une «arme» de conquête. L’Ancien Testament s’oppose aussi à l’injustice et appelle au changement de vie. On observe une transformation des moyens de combat de destruction et l’on s’approche d’un appel à la réconciliation et de méthodes de «confrontation aimante».

Ce que vous dites, c’est que le message de la réconciliation traverse toute la Bible…
A celui qui ne connaît pas la Bible, je dirais que cette révélation de la réconciliation culmine en la personne de Jésus. Si on limite sa lecture de la Bible aux livres des Rois ou à Esdras par exemple, on peut être désarçonné de découvrir la guerre sainte dans les premiers et le rejet de l’étranger dans le second.
Jésus, prince de la paix, est venu pour révéler la volonté éternelle de Dieu. Et celle-ci consiste non pas à tuer, à détruire ou à faire le mal, mais à confronter le mal en faisant le bien.

Interview: Christian Willi

Quart d'heure pour l'essentiel

Article tiré du numéro Quart d’heure pour l’essentiel Pâques 2015

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