Face à la perte d’un fils
Jacques et Priscille évoquent leur fils David tout en pudeur. Enfant joyeux et sociable, il commence à «dysfonctionner» vers l’âge de dix ans. Ce n’est qu’à seize ans, après une tentative de suicide, qu’ils découvrent qu’il a été abusé à plusieurs reprises dans son enfance. Sa vie sera marquée par l’alternance entre moments heureux et profondes dépressions.
Le 28 janvier 2013, Priscille lit le récit de la rencontre entre Jésus et une mère qui vient de perdre son enfant dans l’Evangile selon Luc. Une phrase du commentaire la touche: «Seigneur, que ton amour soit plus fort que tout, même la mort.»
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Ce que Priscille ne sait pas, c’est que quelques minutes plus tard, un appel allait l’alerter sur un message inquiétant publié par David sur Facebook. En arrivant chez lui, elle et son mari découvrent que leur fils s’est suicidé, à l’âge de trente-cinq ans. Une épreuve qu’ils décrivent comme un cataclysme. Comme le chante Lynda Lemay, «pour la mort d’un enfant, il n’y a pas de mots».
Un Dieu capable de souffrir avec nous
Avec le recul, Priscille voit dans cette lecture du matin une préparation intérieure, un «clin Dieu» plein de compassion. Depuis, l’absence de David est devenue une présence autrement: oui, il y a un «avant» et un «après». Et le temps ne supprime pas le manque. Mais, pour eux, Dieu vient habiter ce vide par sa présence consolante.
Très vite, ils ont compris que, pour David, la mort signifiait la fin de la souffrance. Cette conviction les aide à accepter son geste. David leur avait demandé que, s’il partait avant eux, ils s’habillent en blanc pour ses funérailles, en signe d’espérance. Ils ont respecté son souhait.
Priscille et Jacques n’ont pas nourri de colère contre Dieu. Les questions demeurent, mais leur confiance en l’amour inconditionnel de Dieu s’est enracinée dans les promesses bibliques: Jésus proche des cœurs brisés, l’Esprit consolateur présent lorsqu’on s’adresse à Dieu.
Jacques et Priscille ont été entourés par de nombreux membres de leur Eglise qui ont prié pour eux et continuent de manifester leur soutien chaque année, à la date anniversaire du décès de David.
Apprendre à se relever
Après le drame, chacun a trouvé un chemin pour transformer la douleur. Jacques s’est engagé davantage dans la sculpture. Quelque temps plus tôt, il avait commencé une œuvre avec la certitude étrange qu’elle était «pour un plus grand jardin»: sans le savoir, il préparait la pierre tombale de son fils. Il a aussi créé une sculpture intitulée «La Tempête», qui circule de famille en famille éprouvée. Inspirée d’une vague menaçante, elle évoque la barque des disciples de Jésus dans la tempête: même si le Christ semble dormir, sa présence suffit pour traverser l’épreuve.
Priscille, elle, s’est tournée vers l’accompagnement de personnes victimes d’abus ou confrontées au suicide d’un proche. Pour elle, encourager ceux qui souffrent donne du sens à sa propre blessure.
Dans leur famille, chacun a vécu la perte à sa manière. Il n’y a pas de recette ni de raccourci. Les «il suffit de» n’ont pas leur place sur un tel chemin. Treize ans plus tard, la cicatrice reste sensible, mais la blessure n’est plus béante. Ils avancent un jour à la fois, portés par cette promesse de Dieu: «Ma grâce te suffit, car ma puissance s’accomplit dans ta faiblesse» (Deuxième lettre aux Corinthiens, chapitre 12, verset 9).
A ceux qui ont perdu un enfant, le couple aimerait dire avant tout: «On vous aime.» Le deuil est personnel et souvent indicible, mais ils en sont convaincus: une vraie consolation est possible auprès de Dieu. Par expérience, ils peuvent l’affirmer: son amour est plus fort que la mort. ▪