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Exprimez la souffrance!

© Alliance Presse
Découvrez l'édito de Jean-Marc Richard.

L’autre jour, j’ai rencontré une jeune femme de 19 ans. Au cours de notre conversation, elle m’a révélé qu’elle souffrait - nuit et jour - du syndrome des jambes sans repos. Elle m’a appris dans la foulée que ce mal était la conséquence d’une forte rupture familiale.
La famille, cocon pour grandir en toute sécurité? En tant qu’animateur de l’émission La Ligne de cœur de la RTS, j’entends, jour après jour, des témoignages de souffrance, dont bon nombre d’origine familiale.
Si notre émission de fin de soirée n’était utile qu’à une seule chose, ce serait à ouvrir un espace d’expression à de nombreuses personnes en souffrance. Jour après jour, semaine après semaine, jeunes et moins jeunes prennent la parole pour parler de leurs tourments présents ou passés. Les échos aux témoignages à l’antenne attestent que les témoins s’expriment aussi au nom de nombreuses victimes, qui préfèrent garder le silence, mais se sentent ainsi reconnues dans leur propre souffrance.
Au fil des émissions, j’ai appris plusieurs choses. La première, c’est que l’abuseur narcissique n’est que très rarement celui qui entreprend une démarche pour demander pardon à sa victime. Dans l’immense majorité des cas, ce sont les victimes qui franchissent un premier pas pour sortir de leur galère. En appelant La Ligne de cœur par exemple ou en décidant d’en parler de façon plus générale. J’observe que c’est là souvent l’étape décisive vers une réconciliation espérée. Avec soi-même et parfois avec l’agresseur ou la personne avec laquelle on est en conflit.
Tout récemment, l’appel à La Ligne de cœur d’une grand-maman à laquelle son fils refusait tout contact avec ses petits-enfants a connu un dénouement heureux. Ce fils a reconnu sa mère. Il nous a envoyé un SMS pour dire qu’il revenait sur sa décision. Malheureusement, la plupart du temps, le chemin de la réconciliation avec la personne avec laquelle on est en conflit est plus long, voire impossible.
Dans bon nombre de cas, seule la réconciliation avec soi-même semble pouvoir dégager l’horizon bouché de l’existence. Certains trouveront tout au fond d’eux l’énergie d’aller de l’avant, de pardonner. D’autres dans une aide extérieure, dans un engagement porteur de sens ou encore dans la foi. Mais leur point commun est d’avoir renoncé à laisser leur statut de victime devenir leur seule identité.

Jean-Marc Richard, animateur radio-télé, notamment de l’émission La Ligne de cœur, sur la RTS

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Quart d'heure pour l'essentiel

Article tiré du numéro Quart d’heure pour l’essentiel Pâques 2015

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