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A quoi riment leurs gestes religieux sur le terrain?

© Alliance Presse
Ambiance de stade. Ils se signent avant d’entrer sur le terrain ou lèvent le doigt vers le ciel après avoir marqué un but. Jusqu’à récemment, ils relevaient leur maillot pour laisser apparaître une marque de leur foi. Le football, une affaire de croyances?
Christian Willi

Avant d’entrer ou de quitter le terrain, nombreux sont les joueurs qui se signent ou qui embrassent une petite médaille portée autour du cou.
Régulièrement, le Brésilien de Chelsea David Luiz lève l’index et le regard au ciel. Ou joint ses mains comme s’il priait.
Lors du match de Ligue des Champions contre Genk, il avait posé la main sur la tête de Fernando Torres et prié pour lui. Ce dernier avait alors marqué deux des cinq buts de son équipe. Exaucement de prière?
Il y a quelques années, des joueurs chrétiens nous avaient habitués à leur hommage à Jésus, imprimé sur un maillot porté sous celui de leur club et qu’ils montraient à la faveur d’un but. L’affichage de tout message politique ou religieux est aujourd’hui prohibé par la FIFA. En cas de non respect, les joueurs s’exposent à une amende. Drogba et Eboué en ont fait les frais, après avoir rendu hommage à Nelson Mandela fin 2013.

D’authentiques croyants
Les stars du football sont-elles plus superstitieuses ou croyantes que leurs supporters ? François-Xavier Amherdt, professeur de théologie à l’Université de Fribourg et arbitre de football, se réjouit que «certains footballeurs soient d’authentiques croyants, qui placent tout ce qu’ils vivent, y compris leur activité sportive, sous le regard de Dieu».
Adrian Hofmann, aumônier sportif depuis une quinzaine d’années avec Athletes in Action, juge que la provenance des joueurs de premier plan influence notre perception : «Les meilleurs clubs ont dans leurs effectifs une part importante de joueurs d’Amérique du Sud, où il est plus naturel de parler de sa foi». Michel Pont, entraîneur assistant de l’équipe nationale suisse, observe que «les Sud-Américains se signent non-stop, ils sont très croyants». Il ajoute que les musulmans d’Afrique du Nord et des Balkans ne sont pas en reste :  «Cette diversité religieuse est le reflet de la société.»
En contact avec de nombreux sportifs, entraîneurs et personnel de clubs, Adrian Hofmann, ancien athlète de l’équipe junior helvétique de ski combiné, explique qu’en Suisse, les gens sont bien plus discrets par rapport à leur foi.
Cet affichage de croyances ne dérange pas Michel Pont, «dans les limites d’une joie d’un but marqué ou du désespoir d’une blessure. La foi est là pour aider une personne qui la pratique. Par contre, je suis contre l’exhibitionnisme de quelque forme qu’il soit, religieux ou autre», commente-t-il.

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Une part de superstition
Pour David Kadel, coach existentiel et éditeur de la Fussball Bibel (Bible du football), il faut nuancer les pratiques. «Les joueurs qui pointent l’index vers le ciel, le font en signe de reconnaissance à Dieu ou pour signifier que Dieu est plus important qu’eux. Une façon de rappeler qu’ils ne sont pas un dieu du stade. En se signant, ils invoquent une protection sur eux. C’est un rituel catholique répandu.»
Certains l’appliquent par superstition, comme d’autres glissent une pièce de monnaie au fond de leurs chaussures à crampons, analyse encore le coach. «Sans doute y a-t-il en effet une part de superstition, comme si par ces formes de petits rituels à portée “magique” les joueurs pouvaient s’attirer les bonnes grâces du «Seigneur tout-puissant», analyse François-Xavier Amherdt. «Lorsque l’on sait la pression de la performance qui s’exerce sur eux, il n’est pas étonnant qu’ils essaient d’augmenter leur efficacité personnelle. Leur carrière, très courte, dépend entièrement de leurs performances», ajoute Adrian Hofmann.
Mais ceux d’entre eux qui sont vraiment croyants, essaient de le vivre au-delà des gestes symboliques. Tels Cavani, Silva ou Alex du PSG, ils n’hésitent pas à parler des choix de vie que leur foi leur inspire.

Ni plus ni moins croyants
Ceci dit, aucun de nos interlocuteurs ne croit que les footballeurs attachent davantage d’importance aux croyances que les athlètes d’autres disciplines ou que le reste de la population. «Le football jouit juste d’une exposition médiatique incomparable», indique David Kadel. Et certains joueurs, croyants y voient une occasion unique pour partager leur foi. Que ce soit par des signes lors des matchs ou lors d’interviews dans les médias.
Ainsi, tenant du titre de la Ligue des Champions 2013 avec le Bayern Munich, David Alaba n’a pas hésité à exhiber un maillot où l’on pouvait lire «Ma force vient de Jésus!». Dans une interview à la Fussball Bibel, le jeune croyant a déclaré:  «Ma relation avec Dieu et son amour insaisissable sont la chose la plus importante de ma vie». Plus encore que le foot, la foi peut donner du sens à la vie.

Christian Willi


Que demandent-ils à Dieu?

Dieu détermine-t-il l’issue d’un match? François-Xavier Amherdt raconte l’anecdote d’un ami prêtre camérounais, qui connaît bien les joueurs de son pays évoluant dans les championnats européens. Deux d’entre eux, engagés en Première division espagnole, sont venus le voir avant un match qui les opposait. «Ils lui demandaient de prier pour que leur formation remporte la victoire. En réalité, ils s’étaient adressés au prêtre comme s’il était un “grand sorcier”, capable de capter les faveurs divines et de les orienter sur telle ou telle équipe.» Adrian Hofmann rappelle que «prier Dieu pour qu’il exauce tous nos rêves conduit à lui tourner le dos si cela ne marche pas. Dieu n’est pas intéressé par la performance. Il veut être avec nous dans les bons et difficiles moments de l’existence. Il désire susciter l’amour du prochain». L’aumônier sportif se souvient d’une interview de la légende Pelé. Il affirmait que lui et ses coéquipiers priaient pour leurs familles et leurs défis, mais jamais pour la victoire. «Tant mieux s’ils puisent dans le Christ de l’Evangile une force pour accomplir leur métier et s’ils traduisent dans leur attitude leur foi chrétienne: respect de l’adversaire et de l’arbitre, refus du dopage, de la violence et de la tricherie, esprit d’équipe, capacité d’auto-transcendance, équilibre corporel, psychique et spirituel», complète le théologien.

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