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Les chrétiens sont-ils trop désunis?

09.03.15 - œcuménisme. L’histoire de l’Eglise est faite de divisions. Mais les dernières décennies ont connu des rapprochements et réconciliations entre dénominations.

La multiplicité de dénominations au sein du christianisme et les guerres de religions au cours de l’Histoire peuvent étonner certains: «Pourquoi donc les chrétiens n’arrivent-ils pas à vivre ensemble? Comment peuvent-ils parler de réconciliation avec tous ces conflits?». Le pasteur Martin Hoegger, qui travaille pour le dialogue œcuménique dans l’Eglise réformée vaudoise (EERV), constate que ce n’est pas nouveau: «Dès le début, les disciples de Jésus ont eu de la peine à vivre cette unité dans la diversité, tombant parfois dans le jugement et la critique». Pour cette raison, Jésus a prié pour l’unité de ceux qui le suivraient: «Père, que tous soient un comme toi tu es un.»

Les tensions entre personnes se reflètent au niveau des Eglises. Martin Hoegger explique que «dans la manière dont Jésus a servi ses disciples, par exemple en leur lavant les pieds, il nous appelle à une relation d’accueil, de reconnaissance et de don réciproque.»


La Réforme, un échec?

L’Histoire n’est pas toujours glorieuse, avec notamment les guerres de religion entre catholiques et réformés. Martin Hoegger porte même un regard nuancé sur la Réforme. Il apprécie la volonté des Réformateurs de vouloir revenir aux sources du christianisme, mais regrette que l’unité de l’Eglise n’ait pas pu être maintenue. «A partir d’un certain moment, on ne se rencontrait plus, on ne s’aimait plus.»

Mais fin 2014, le pape François a encouragé la célébration commune du demi-millénaire de la Réforme; en réponse, il a reçu en janvier dernier une invitation de la Fédération Luthérienne Mondiale à prendre part aux célébrations à Wittenberg.


Rapprochements locaux

Dès le 19e siècle, des alliances d’Eglises et rapprochements entre dénominations sont apparus, par exemple pour traduire la Bible au travers de sociétés bibliques. Et des organisations faîtières ont vu le jour, tant en Suisse qu’en France, pour encourager le dialogue entre toutes les dénominations chrétiennes.

L’œcuménisme se vit aussi au niveau local. A Lausanne, une Célébration de la Parole est vécue chaque premier dimanche du mois dans la cathédrale. Réformés, catholiques, orthodoxes et évangéliques y lisent la Bible et prient ensemble. Une action commune est organisée entre catholiques et protestants durant le Carême. En 2013, la plupart des mouvements chrétiens de Suisse ont collaboré pour un événement de prière à Berne, le jour du Jeûne fédéral. Les aumôneries des écoles et prisons sont aussi de plus en plus gérées en partenariat interchrétien. Enfin, l’œcuménisme se vit dans des actions sociales et humanitaires communes.


L’unité à tout prix?

Pour Martin Hoegger, «la recherche d’unité ne doit pas se faire au détriment de la recherche de la vérité». A son avis, Dieu aime l’unité dans la diversité: «L’unité n’est pas l’uniformité.»

Il estime que les dénominateurs communs pour tous les chrétiens sont la confiance en la Bible, la confession de l’humanité et de la divinité de Jésus et la confession que Dieu est un Dieu trinitaire (Père, Fils et Saint-Esprit). Au-delà, Martin Hoegger considère que chaque type d’Eglise cultive des dons particuliers. «Les Eglises ont toutes à apprendre des autres. Mais cela demande de l’humilité». Pour le pasteur, chaque Eglise a également ses défauts. «En y réfléchissant ensemble, on discerne mieux ce qui est juste et bon!»


René Progin

 
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