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Le message de Noël est révolutionnaire

26.11.11 - Pour l’historien Jean Delumeau (88 ans), professeur honoraire au Collège de France et auteur d’une trentaine d’ouvrages, la venue de Jésus il y a 2000 ans a apporté une nouvelle espérance et révolutionné notre monde. Interview.

«Pour les 1,3 milliard de Chinois, Noël n’existe pas! Mes petits-enfants, qui y vivent, iront d’ailleurs à l’école le 25 décembre». Joint alors qu’il séjournait à Pékin dans la famille de l’un de ses fils, Jean Delumeau précise d’emblée qu’à l’échelle mondiale, la fête de Noël reste différemment appréciée.


Par contre, ce spécialiste du christianisme, en particulier de la Renaissance et des mentalités religieuses, explique en quoi Noël a fortement influencé nos pays christianisés, même si la date du 25 décembre a été fixée seulement au quatrième siècle à Rome. «Jusque-là, on ne fêtait pas Noël, mais Pâques et la Pentecôte. Noël a été introduit au festif religieux pour marquer le retour à la lumière», souligne Jean Delumeau, d’une voix douce et assurée, avant de se prêter au jeu de l’interview.


Qu’est-ce que la naissance du Christ a apporté de révolutionnaire?

Le message révolutionnaire du christianisme, c’est qu’il déclare que Dieu s’est fait homme, qu’il s’est fait le compagnon de l’humanité, le compagnon de toutes ses joies, de toutes ses souffrances. Jésus est né, il est mort, mais il est ressuscité. Et par sa résurrection, il nous entraîne ensuite dans son éternité de façon définitive. Le message chrétien est le seul message religieux à dire les choses de façon aussi claire et riche d’espérance. Pour moi, c’est un message qui a été, qui est et qui reste révolutionnaire.

Alors pourquoi n’arrive-t-on pas à incarner le message de Noël?

Si l’on fête souvent Noël dans l’oubli de cette espérance d’une vie définitive, c’est parce que nous sommes envahis au quotidien par tous les instruments que nous nous sommes donnés pour dominer la nature. Nous vivons depuis 150 ans des bouleversements successifs : après la révolution industrielle, nous connaissons aujourd’hui la révolution informatique, avec un nombre prodigieux de personnes abonnées à internet, notamment en Chine. C’est une situation radicalement nouvelle qui nous étourdit. Elle nous empêche de garder le cap qui est de réfléchir à notre véritable avenir. On a beau perfectionner la technique, la médecine, la connaissance de l’infiniment grand et de l’infiniment petit, on bute quand même toujours sur un obstacle terminal: il faut mourir. Or si on se donne la peine de penser à cette échéance, le message religieux reprend toute sa signification, toute sa force.


Quel est le message de Noël pour celles et ceux qui ne sont pas de religion chrétienne?

Le message, c’est qu’il y a une porte, une ouverture vers la lumière. Pour l’atteindre, il faut avoir pratiqué une sorte d’acceptation de la simplicité, de l’humanité, de la générosité, de la paix. Le bouddhisme et le christianisme se rapprochent en cela. Il y a dans les deux religions un même message de non-violence, une invitation à comprendre que la vraie clé du bonheur sur terre, c’est la volonté de servir, non la volonté de puissance.


Dans votre dernier livre, «A la recherche du paradis», vous écrivez que les chrétiens pensent toujours au Paradis mais que celui-ci a changé. En est-il de même pour la naissance de Jésus? La perception de cet événement a-t-elle changé?

Beaucoup moins! L’expression «Emmanuel», Dieu avec nous, s’applique d’ailleurs particulièrement à la fête de Noël. Pour les chrétiens, Dieu est véritablement venu parmi nous et ça n’a pas changé.

Je vais vous dire une chose: j’habite dans l’ouest de la France, dans la banlieue de Rennes. Dans ma salle de séjour, j’ai une sculpture monastique qui représente l’enfant Jésus entre Marie et Joseph. Je m’invite moi-même au quotidien à croire à l’enfant Dieu parmi nous. Et j’invite mes visiteurs à y penser. Mais le retour de la fête de Noël, année après année, nous invite tout particulièrement à méditer sur cette présence pacifiante de Dieu dans nos vies.


Propos recueillis par Gabrielle Desarzens

 
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Et si Jésus n'était pas venu?

Que se serait-il passé si Jésus n'était pas venu?
Dans nos pays chrétiens, l’apport du christianisme a été massif et a longtemps imprégné l’art et la littérature. Je suis de ceux qui pensent que des avancées considérables du monde moderne et à l’échelle mondiale n’ont pu se produire que grâce à lui. Les Droits de l’homme sont par exemple nés en pays chrétiens et s’inspirent de l’idéologie qui dit que tous les hommes sont égaux devant Dieu, qu’il n’y a plus ni homme ni femme, ni grec ni barbare. La science moderne est également née en pays chrétiens: le christianisme a invité l’homme à travailler, à exploiter la terre. Il y a une sympathie naturelle entre ce que j’appellerais la recherche théologique et la recherche scientifique. Copernic (illustration), Galilée, Descartes... ils étaient tous chrétiens. On a tendance à l’oublier, et je le regrette car c’est une injustice. Suite à Mai 68 et son refus de toute autorité avec son “ni Dieu ni maître”, on accuse le christianisme de tous les maux et on oublie son apport énorme à notre civilisation.