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Hier accro au porno, il lutte contre le marché du sexe

19.11.13 - Vécu. Le chanteur jurassien Philippe Decourroux a écoulé plus de 300 000 CD. Mais au-delà du succès, il veut redonner espoir à ceux dont l’avenir est bouché par l’échec, la souffrance. Un engagement plein de sens.

Avril 2006. Grâce à un film-reportage, Philippe Decourroux découvre l’horreur du trafic humain destiné au marché du sexe. Révolté, il se documente de façon approfondie puis décide d’en faire un «combat personnel». C’est une nouvelle page de vie pour ce mécano de formation, devenu musicien professionnel et chanteur.

Philippe refuse le destin tragique qui attend les femmes piégées par les réseaux de proxénètes : «C’est une forme d’esclavage, rendue d’abord possible parce que nous choisissons de l’ignorer». Pour faire de la prévention contre «le miroir aux alouettes que constitue le marché du sexe sous toutes ses formes», le chanteur utilise notamment ses talents musicaux. Il consacre à ces femmes le vidéo-clip Les filles de l’Est, le DVD Le nouvel esclavage et la diffusion à large échelle de CD et des concerts.

Philippe sait de quoi il parle. Il a lui-même été accro à la pornographie dans sa jeunesse.


Il jouait avec sa vie

Autre passion d’alors, la vitesse, un exutoire pour surmonter son mal-­être intérieur. Jeune adulte, il achète des voitures accidentées, les répare et les «tune», avant de se livrer à son sport favori : les courses sur les routes jurassiennes. «C’était un jeu grisant, une sorte de roulette russe avec ma vie et celle des autres». Plusieurs de ses amis ont payé de leur vie ces sorties téméraires.

En 1985, à 25 ans, Philippe est bien loin d’imaginer que sa vie va prendre un tournant avec la mise en vente de cette Mercedes 450 SE qu’il vient de tuner : à son étonnement, ses clients potentiels, un couple, lui disent attendre un feu vert de Dieu avant de prendre une décision définitive. Jamais Philippe n’a entendu chose semblable !


«Je n’assure pas»

Philippe les interroge sur ce Dieu, sur leur démarche. Avec celle qui deviendra son épouse, Philippe rencontre un couple pastoral. La discussion est intéressante, mais sans plus. «Ils ont été gentils et nous ont accueillis avec le sourire». Mais cela ne change pas sa vie, ni celle de son épouse.

Pourtant, quelque temps plus tard, une grosse dispute éclate avec sa fiancée, alors qu’ils sont en vacances en Espagne. Philippe ne trouve pas le sommeil. Il sort au beau milieu de la nuit. Face à un ciel illuminé d’étoiles, il prend bien conscience qu’il n’assure pas dans son existence.

Ce soir-là, il dit à ce Dieu, dont on lui a régulièrement parlé, qu’il lui confie sa vie : «Conduis-moi où tu veux !». Sa fiancée le suivra peu de temps après dans ce choix.

Philippe remarque que ses propres questionnements ont trouvé une réponse auprès de Dieu. Pourtant, ce n’est que plusieurs années après cette «première rencontre avec Dieu» qu’il ressent véritablement l’amour de Dieu pour lui : «Il m’a accueilli sans accusation, ni jugement, dans ses bras d’amour.»


Dieu change le mal en bien

Depuis, Philippe profite de chaque occasion pour dire à tous ceux qu’il croise que Dieu les aime. Que ce soit lors de ses nombreux concerts ou quand il va à la rencontre des prostituées ou de mafieux (comme cela lui est arrivé en Belgique), son message est toujours le même : Dieu donne du sens à la vie. «Si j’ai le courage d’affronter le regard de ceux qui vivent dans des situations de détresse ou de souffrance, c’est parce que je sais que Dieu, dans son amour, est capable de changer le mal en bien.»

Chaque année, 2,5 millions de femmes et d’enfants sont réduits à l’esclavage sexuel. «Mais ils ne sont pas les seules : chaque être humain est esclave de ce qui a triomphé de lui, comme les bagnoles ou la pornographie dans mon cas», rappelle l’artiste. «Chacun peut cependant découvrir la vraie liberté en se tournant vers Dieu.»


Christian Willi

 
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Sortir de la dépendance

Aux consommateurs de pornographie dégoûtés, honteux ou fatigués de cette dépendance, le thérapeute familial Bertrand Audéoud affirme : «Il est possible d’en sortir, même si ce n’est pas facile». Il détaille les premières étapes d’un tel processus.

1. Appliquez un vieux principe biblique : «Si ton œil t’amène à faire des choses que tu regrettes, débarrasse-t’en !» ; c’est-à-dire supprimer les situations qui mettent en contact avec la pornographie, quitte à employer les grands moyens pendant un temps, par exemple renoncer à internet à la maison.
2. Parlez-en à une personne de confiance. La présence d’un tiers est déterminante pour s’en sortir. L’idée : rendre des comptes et bénéficier d’un soutien sur la durée.
3. «Confessez donc vos fautes les uns aux autres et priez les uns pour les autres, afin que vous soyez guéris», promet la Bible. Arriver à le confesser devant témoin est une étape-clé pour les chrétiens. Mais elle est aussi accessible à chacun.
4. La consommation de pornographie relève d’un déficit relationnel. Il est donc utile d’effectuer un travail en profondeur pour identifier ce déficit et pouvoir ensuite le régler et y apporter des réponses.