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En colère contre Dieu?

09.03.15 - Développement perso. Face aux épreuves, il arrive à tous d’être en colère contre Dieu ou celui que l’on conçoit comme le maître du destin. Peut-on exprimer sa colère envers lui? Et se réconcilier? Entretien avec Yolande Nicole Boinnard, théologienne et auteure de «Oser la colère».(éd. Cabedita).

Pourquoi a-t-on tendance à accuser Dieu quand il nous arrive quelque chose de grave?

Nous avons besoin, pour apaiser notre souffrance, de trouver une explication. Ce qu’il y a de commode avec Dieu, c’est qu’il ne proteste pas, on peut tout lui dire! Mais à force de réfléchir à cette souffrance, on comprendra peut-être que ce n’est pas la faute de Dieu. Parfois, il n’y a pas de coupable et les épreuves sont liées aux limites de l’être humain. A la longue, c’est moins douloureux de «faire avec» que de se battre contre.


La psychologue Michele Novotni estime que la colère envers Dieu est liée à la vision qu’on a de lui: Père Noël qui récompense le bon comportement, bon génie, policier, etc.

Je suis d’accord. Les sentiments que j’éprouve envers Dieu dépendent de l’image que je me fais de lui. S’il ressemble à un Père Noël et que ma vie ne ressemble pas à une fête de Noël idéale, je vais vite me mettre en colère contre lui. Ceci dit, face à des événements graves, il est sain de se mettre en colère, de la laisser éclater, plutôt que de ressasser sa rancœur et son aigreur. On peut prendre Dieu à témoin, il aura de l’empathie.


Pourquoi est-ce difficile de reconnaître cette colère contre Dieu?

C’est difficile, car on a appris, comme enfant, que l’on ne doit pas se mettre en colère. C’est un interdit qui arrive très tôt dans nos vies. On le transpose inconsciemment par rapport à Dieu et il va même s’amplifier. On se sent très coupable de se mettre en colère contre lui. Cela nous ramène aux images que l’on a de lui. Si ce Dieu tout-puissant est un juge sévère, cela nous terrorise. Mais il nous arrive de refouler cette peur: cela peut être la racine de graves malaises ou de névroses religieuses.


Comment exprimer sa colère?

La première chose est d’en prendre conscience. Puis les Psaumes, dans la Bible, sont très utiles. Ils ont été utilisés comme prières pendant des siècles. On y trouve toutes les émotions humaines, depuis la joie jusqu’au désespoir, sans oublier la colère. C’est aussi parfois utile d’avoir un interlocuteur à qui partager cette colère et qui peut être en empathie avec nous.


Si on ne l’exprime pas, elle peut se transformer en ressentiment. Avec quels effets sur notre vie?

La colère est parfois due à des relations compliquées. Or, si l’on ne dit pas à notre prochain qu’il nous a blessé, si l’on n’exprime pas la colère contre lui, elle tourne en rancune et en rancœur. Les relations sont empoisonnées et on devient haineux. Aimer, ce n’est pas tout accepter, mais respecter l’autre. De même, rester en colère contre Dieu sans la lui exprimer cause une rupture avec lui.


Peut-on se réconcilier avec Dieu?

Toute la question, c’est de savoir si malgré ma colère, je garde l’envie d’être en relation avec Dieu. Le secret de toute réconciliation est là: est-ce que j’ai envie d’être en relation ou non? Mais je dois commencer par me réconcilier avec moi-même. Si je me sens terriblement coupable, le désir de la relation avec Dieu sera difficile à retrouver. Si mon cœur me condamne, Dieu est plus grand que mon cœur et tellement plus généreux que ça.


Interview: Sandrine Roulet</i»

 
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