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Celui qui donne vit mieux

01.09.09 - Générosité. Se décentrer de soi-même et penser aux autres permet-il d’atténuer le poids de ses propres soucis? Entretien avec le consultant Eric Jaffrain, spécialiste en marketing non marchand.

Vous conseillez notamment des ONG en matière de communication. Chez beaucoup, les rentrées sont en baisse. Quel effet la générosité peut-elle avoir sur notre moral, sur notre inquiétude ?

Un vrai donateur n’arrête pas de donner, car il est solidaire dans l’âme. Le donateur type est celui qui n’a pas d’argent. Il donne plus que celui qui en a. Car celui qui donne parce qu’il a les moyens aura tendance à cesser de le faire face à la crise économique.

C’est la raison pour laquelle une ONG ou une association qui n’a pas entretenu des relations sincères et régulières avec ses amis et donateurs verra les dons fléchir.


Le fait de s’intéresser aux autres permet-il de relativiser ses inquiétudes ?

Le don est une richesse pour celui qui le fait. Donner son temps ou son argent, même modestement, permet de semer de l’espoir chez l’autre qui est plus en souci. Le don rend plus fort. Il enrichit en tous points. Du coup, il relativise nos propres difficultés. A l’inverse, en ne donnant pas, on a plutôt tendance à rechercher le don de l’autre, à s’apitoyer et à se centrer sur soi.

Se donner est une forme d’abandon de ses privilèges, de son confort, de sa sécurité. Donner est aussi lié à une prise de risque. C’est un acte de foi. Il permet de se dépasser et de vivre une vie passionnante et productive. Je le vois chez mes voisins paysans : en mettant des semences en terre, ils s’attendent à ce qu’elle les leur rende.


Comment mesurez-vous l’inquiétude des individus, dans le contexte actuel ?

Sans hésiter : par le niveau de confiance des citoyens, qu’ils soient consommateurs, acteurs sociaux ou politiques.

Il y a trois dons qu’on peut mesurer, qu’on soit dans une crise ou non : le don de temps, le don d’argent et le don de soi. Le don de soi et la confiance, c’est la même chose.

Un indice économique tel le PIB est de plus en plus remis en question. D’autres indices comme l’ISS pour la santé sociale ou le PNUD pour le développement humain, font l’objet de vives critiques. Il me semble plus aisé de mesurer l’indice des dons des gens aux autres.

Sans confiance, la bourse bat de l’aile. Sans confiance, je n’achète pas ou ne donne pas non plus mon temps. En temps de crise, on se méfie des entreprises ou de leurs politiques sociales.


La confiance est donc l’élément qui permettrait de relancer la machine.

Face à une crise, on aimerait toujours savoir «comment s’en sortir ?». On ferait mieux, des fois, de se demander comment on en est arrivés là. L’origine d’une crise est souvent à chercher dans la performance, dans le plaisir, le profit facile et immédiat, voire la quête du tout sécuritaire. Ces comportements ont contraint Monsieur et Madame-Tout-le-monde à être un objet de ressources économiques, au détriment de leurs besoins humains.

La crise économique actuelle nous donne une chance de réinventer la communauté. De penser autrement. C’est une aventure passionnante pour celles et ceux qui sauront s’y engager. ( cw )