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«Ce qui me nourrit, c’est l’autre»

09.11.12 - Jean-Marc Richard. Habité par la générosité et la solidarité, l’animateur radio appelle chacun à l’engagement. Avec cette certitude : «Les grandes causes sont dans les petits gestes»

La Chaîne du bonheur, Chacun pour tous et aujourd’hui la Ligne de cœur : vous êtes la figure de la générosité en Suisse romande. D’où vous vient cette fibre ?

Je me nourris de l’énergie que mettent les autres à la générosité. Pour moi, il n’y a pas de raison de faire de la télévision ou de la radio s’il n’y a pas d’engagement derrière. Des gens prêtent leur image à des causes. Moi, j’utilise ce que je sais faire, parler, plaider, expliquer... Cela complète ce que font les autres. Chacun a ses compétences, les miennes sont visuelles et auditives.

Ce qui me nourrit, c’est l’autre. Je passe beaucoup de temps à écouter les autres, par curiosité et parce que cela m’intéresse. Maintenant, avec la Ligne de cœur, j’essaie de donner la parole à ceux qui ont des vécus difficiles.


Vous êtes ambassadeur des Droits des enfants pour Terre des hommes. Pourquoi vous engagez-vous particulièrement pour la jeunesse ?

C’est un peu par hasard. Dans les années 1980, j’ai été le porte-parole de «Lausanne bouge» ainsi que le premier président du Parlement des jeunes. J’ai compris que le meilleur moyen de construire la société, c’est de donner la parole à ceux qui l’ont peu, à ceux qui la prennent peu.

Toute ma trajectoire personnelle (ndlr : Jean-Marc Richard a quatre enfants) et professionnelle explique ma sensibilité pour les jeunes. La valeur essentielle et mondiale, sur laquelle je n’ai aucun doute, c’est bien la famille. Etymologiquement, le mot enfant veut dire «celui qui se tait». C’est une injustice dans le monde. Il est essentiel de donner la parole aux enfants dans les médias.


A ceux qui disent que nous ne pouvons pas endosser tous les malheurs du monde, vous répondez : «Essayons la proximité». Comment faire concrètement ?

Edmond Kaiser, le fondateur de Terre des hommes, disait : «On ne peut pas le faire pour 10 000, mais on peut le faire pour un». Faire quelque chose pour une personne, même sans que cela se sache, est suffisant.

Si nous ne pouvons pas agir au niveau de l’ONU ou au moyen d’un plaidoyer international, nous pouvons toujours faire quelque chose pour notre voisin. Les grandes causes sont dans les petits gestes. Chacun doit se sentir reconnu pour ses petits gestes. On crée ainsi un contexte qui montre que le monde n’est pas si mauvais. Nous ne sommes détenteurs d’aucune vérité, seulement de notre propre conscience.


Pensez-vous que la générosité de notre culture soit un héritage du christianisme ?

Ce n’est peut-être pas un héritage, mais il y a un rapport. Ce qu’a généré le message de Jésus-Christ est très fort et finalement moins exclusif et rejetant que ne le démontrent certaines Eglises. J’aime cette parole de Jésus : «Laissez venir à moi les petits enfants». Nous sommes dans l’action : «Allez, on y va !»


Dans votre quotidien, qu’est-ce qui vous pousse à la générosité ?

Ce que font les gens, leurs engagements pour les autres, mais aussi la situation de déséquilibre mondial dans laquelle nous vivons. J’ai envie que les choses bougent, on ne peut pas rester les bras croisés.


Observez-vous certains signes encourageants ?

Plus on avance, plus un grand nombre de personnes s’engage dans le bénévolat. En Suisse, les ONG sont soutenues : notre population est extrêmement solidaire. Il ne faut pas se relâcher face aux tâches qui nous attendent. En cette période de crise, je perçois une tendance à une forme de découragement. Le moment d’agir est pourtant là : nous sommes restés trop longtemps dans la méditation. Or l’action est plus urgente qu’on ne l’imagine.


Quand vous quitterez ce monde, qu’aimeriez-vous que Dieu vous dise ?

Retourne vite sur terre, il y a encore du boulot !



Propos recueillis par Sandrine Roulet

 
«Ce qui me nourrit, c’est l’autre»